mardi 7 août 2012

VICTOR HUGO


Source: diaporama sur Victor  Hugo

samedi 4 août 2012

CHACUN A SON DESERT A TRAVERSER



Qu’évoque pour nous le mot désert ? Silence, vastitude, vent brûlant ? Mais aussi mirages, soif, scorpions… et la rencontre du plus simple de soi-même dans le regard étonné de l’homme ou de l’enfant jailli d’on ne sait où entre les dunes ?
Il y a les déserts de pierre et de sables, du Hoggar, de l’Assekrem, du Ténéré, du Sinaï et d’ailleurs – le désert est toujours l’ailleurs, un ailleurs qui nous conduit au plus proche de nous-mêmes.
Il y a les déserts à la mode où l’on se retrouve en peuple bavard dans des espaces choisis où nous seront épargnées les brûlures du vent et les soifs radicales ; on en revient bronzé comme d’un séjour à la plage mais avec en plus des prétentions à la « grande expérience » qui ferait de nous pour toujours de « grands nomades »…
Enfin il y a les déserts intérieurs ; c’est de ceux-là qu’il nous faut parler, sachant reconnaître ce qu’ils ont de douloureux et de torride, mais en essayant aussi d’y découvrir la Source cachée, l’oasis, la Présence inattendue qui nous accueille sous un palmier de sourires, autour d’un feu où la dans des « passants » se joint à celle des étoiles. Car le désert n’est pas un but, il est un lieu de passage, il est une traversée, chacun a sa terre promise, son attente à décevoir, son espérance à éclairer.


Certains vivent cette expérience du désert dans leur corps ; que cela s’appelle vieillir, être malade, subir les conséquences d’un accident. Ce désert-là est parfois long à traverser.


D’autres vivent le désert au cœur de leurs relations, désert du désir ou désert de l’amour, des sécheresses et des ennuis qu’on n’a pas appris à partager.


Il y a aussi les déserts de l’intelligence, où le plus savant se heurte à l’incompréhensible, le plus conscient à l’impensable. Connaître le monde et ses matières, se connaître soi-même et ses mémoires ne va pas sans déserts à traverser.


Il y a enfin les déserts de la foi, le crépuscule des idées et des idoles dont on avait fait des dieux ou un Dieu pour rassurer nos impuissances et opprimer nos plus vives questions.


Chacun a son désert à traverser, il s’agira à chaque fois d’en démasquer les mirages mais aussi d’envisager ses miracles : l’instant, l’alliance, la docte ignorance et la féconde vacuité.

JEAN YVES LELOUP- Désert , Désert    www.jeanyvesleloup.com


MERE TERESA DE CALCUTTA

Les exclus, ceux qui sont rejetés, ceux qui ne sont pas aimés, les prisonniers, les alcooliques, les mourants, ceux qui sont seuls et abandonnés, les marginalisés, les intouchables et les lépreux..., ceux qui sont dans le doute et la confusion, ceux qui n'ont pas été touchés par la lumière du Christ, les affamés de la parole et de la paix de Dieu, les âmes tristes et affligées..., ceux qui sont un fardeau pour la société, qui ont perdu toute espérance et foi dans la vie, qui ont oublié comment sourire et qui ne savent plus ce que c'est que de recevoir un peu de chaleur humaine, un geste d'amour et d'amitié –- tous, ils se tournent vers nous pour recevoir un réconfort.

Si nous leur tournons le dos, nous tournons le dos au Christ.
Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité






vendredi 3 août 2012

LE CAS MICHELLE MARTIN- L'EN-BAS

Le président Kennedy court les filles. «Voyons, monsieur le Président ? - Je ne peux pas m'en empêcher.»

L'obsession sexuelle, l'alcool, la drogue, la fugue, les accès de violence, et, pour le pire, viol ou meurtre. «Je ne peux pas m'en empêcher. »
Du dehors, l'inadmissible. Du dedans, une culpabilité épouvantable.
On traîne ça comme un boulet. Quelquefois, souvent, c'est invisible – avec le risque d'apparaître un beau jour en pleine lumière. La vie bascule.
Ou bien, perversion : on considère le pire comme normal, ou plutôt on se refuse à toute norme.
On n'en est même plus à la douleur. On est dévoré par l'abîme.
Infernale nécessité.
Comment peut-on en venir là ? Mille chemins, millions d'histoires à chaque fois singulières. Les parents sans doute, les aïeux, toute la généalogie. Et quelque chose qui a manqué, qu'on a manqué. Une marche dans l'escalier. Un visage. Un pas qu'il fallait faire ; ou ne pas faire. Et maintenant: c'est ainsi.


Les êtres humains ne sont pas cohérents: premier principe de notre connaissance d'humanité.


C'est pourquoi vous pouvez être en haut et en bas. Vous pouvez être d'assez belle allure (morale, j'entends), et intelligent, et efficace, et reconnu tel, avec de belles aspirations, de grands sentiments, le tout sincère et honnête - et pourtant avec, dans votre vie, l'inavouable, le ver dans le fruit. Un passé irréparable, qui vous poursuit sans pitié, une douleur d'amour qui déchire encore et encore, un vice - la bouteille, la drogue, les petits garçons - ou tout bonnement, tout purement l'infernale tristesse qui défait tout, qui pourrit tout, et dont la source noire est introuvable.
Les maîtres et seigneurs n'ont aucun pouvoir sur l'en-bas. Les maîtres du savoir n'y descendent pas; ou ils s'y perdent, ils s'égarent; ils deviennent fous.
Ô qui peut descendre là, être parmi eux, parmi nous, celui qui n'est pas complice de ce qui nous tue ? Celui dont la tristesse même est vierge de la ténébreuse tristesse où s'anéantit notre naissance ?
Quelle prière pourrait monter de l'en-bas vers quel Dieu, vers quel visage de quel Dieu, pour que nous soyons consolés ? Comme par une mère qui n'a pas peur du mal de son enfant, comme par un père qui préfère la vie du fils à toute gloire et à tout bonheur ?


Nous n'appellerons personne, père ou maître. Car personne, en bas, ne peut porter une charge si terrible


La traversée de l’en-bas, Bayard, Paris, 2005, pp.27-30-MAURICE BELLET


http://www.mauricebellet.eu/v1/index.php?option=com_content&task=view&id=22&Itemid=21


LA PEUR , LA POLITIQUE DE L'AUTRUCHE, LA CRAINTE DE REPRESAILLES VIS A VIS DE SES PROPRES ENFANTS...
TOUT CELA EXPLIQUE EN PARTIE L'INHUMAIN.
MAIS APRES 16 ANS DE DETENTION, ACCEPTER SA LIBERATION CONFINEE DANS UN MILIEU RELIGIEUX C'EST FAIRE PREUVE D'HUMANITE...
POURQUOI EN FAIRE EN QUELQUE SORTE " UN BOUC EMISSAIRE" DE TOUTES NOS RANCOEURS A L'EXCEPTION DES PARENTS POUR QUI LA BLESSURE NE SE REFERMERA JAMAIS?

L'AMOUR DECHIRE-L'ABANDON

IL N'Y A PAS DE MAITRISE du désir de l'autre ou de l'amour de l'autre. Cela suit sa logique propre et, lorsque c'est le cas, jusqu'aux logiques infernales. Je n'y peux directement rien. Or l'amour comme amour n'existe qu'entre l'autre et moi. S'il tourne au conflit, à la violence, à l'abandon, s'il est cet excès d'amour qui finit par coïncider avec la possession – « je te donne tout, donc tu m'appartiens » -l'amour en moi devient douleur. Et comment faire que cette douleur ne devienne pas en moi violence ou abandon, les deux catastrophes de l'amour?



Car si le viol est le grand interdit, l'abandon réapparaît ici comme l'autre face du malheur. Le devoir interdit l'abandon; mais secrètement, il le signe: qu'est-ce que rester avec celui, celle, ceux dont on perçoit, à tort ou à raison, qu'ils ont pour nous le goût de mort? Dans ce cas, l'abandon apparaît plutôt, quand il a mûri en nous, comme un acte de vérité. Et pourtant, qui subit l'abandon perçoit en lui le malheur des malheurs, quelque chose peut-être pire que le viol: car le viol est une emprise aberrante, une défiguration de l'amour; l'abandon réduit à néant. Vient même cette pensée, qui pourrait modifier tout: l'abandon radical, la distance glacée qu'il crée entre l'autre et moi, c'est l'ultime substance du viol - la négation de la présence humaine. Cet abandon-là permet de traiter l'être humain en chose; il est l'âme de la destruction.


Toutefois surmonter l'abandon - quitter cet espace-là, du subi et de l'infligé - suppose qu'il soit donné d'habiter l'autre espace: celui d'une primordiale tendresse, d'une chaleur qu'aucun effort, aucune moralité ne produisent.


Mais voilà aussi qui met en cause une vue trop simple du consentement réciproque. Il peut être équivoque et trompeur. Qui s'accorde ? Quoi s'accorde ? L'histoire des amours, de tous les amours montre à quel point l'accord peut être illusoire.


Les conflits sont d'inconscient à inconscient. Les différences des symboliques individuelles (langages, gestuelles, images originantes...) peuvent devenir insupportables, surtout quand manquent symboliques et rituels communs. On se heurte dans la nuit, chacun butant en fait sur son propre tourment intérieur, la relation s'infecte de ces doubles douleurs inavouées.


Il faut que chacun ait assez perdu pour accepter que l’autre soit ce qu’il est – et qu’ainsi la relation ne soit pas enfermée dans le cercle infernal de la revendication réciproque.


Il n'y a pas de maîtrise sur l'autre, il n'y a pas de maîtrise sur soi !


On répète ce dont on a souffert: le scénario de la logique infernale, venu d'amont, parents, grands-parents, ça se perd dans la nuit, le scénario se reprend, sans qu'on voie où l'on en est (que de « psychanalystes» en sont encore là; que de psychanalystes rejouent entre eux la scène meurtrière) ! On est cette pâte humaine effroyablement dure à pénétrer et soulever, et on ne commande à cette nature-là aussi « qu'en lui obéissant».


Le chemin d'amour passe là. Et il se tient en cette foi que la pâte peut lever, que tout ce qui, hors d'amour ou avant lui, paraît dans une sauvagerie terrifiante, tout peut être touché, transfiguré de cette grâce -l'amour lui-même.


Mais ce chemin-là déborde de toutes parts celui que la conscience claire, sûre de soi et maîtresse de tout, prétend organiser par morale, sagesse, science, thérapie - ou « spiritualité ».





L’amour déchiré-MAURICE BELLET Desclée de Brouwer, Paris, 2000, pp.116-118 http://www.mauricebellet.eu/v1/index.php?option=com_content&task=view&id=5&Itemid=21







LA MATERNITE

Ce qui me bouleverse dans la maternité, c'est qu'elle est le lieu de l'abnégation:
quelqu'un d'extrêmement puissant va verser toute sa puissance au service du plus faible.
L'amour est la chose la plus terrible.
C'est comme faire du bouche à bouche avec Dieu,comme ranimer quelque chose dans l'invisible.
C'est surnaturel d'aimer, c'est une expérience mystique ou ce n'est rien.
C'est une mystique qui peut être donnée à une petite paysanne comme à un grand théologien.
Hier j'ai vu une paysanne penchée sur un couffin.
Elle parlait à son enfant d'une voix basse et c'était magnifique.
C'était comme une ruche pareille à une petite chapelle grecque toute blanche,avec les mots si beaux qui bourdonnaient juste au-dessus de la coupole du silence.
La parole d'amour bâtit toujours comme un petit couvent à l'intérieur duquel la conversation infinie a lieu.
Christian Bobin -La lumière du monde-p 123 (Folio)

LA BONTE

L'amour c'est quand toute la limaille de notre pensée est précipitée vers le coeur de l'autre comme vers un aimant.
Quand j'aime je suis dans ma propre vie comme dans une histoire à l'intérieur de laquelle j'aurais tout à coup disparu: c'est l'autre qui requiert toute mon attention.
Je me trouve devant la bonté comme devant les hiéroglyphes avant la venue de Champollion.
Or la bonté est ainsi faite que plus on en a moins on en a.
C'est elle que j'espère déchiffrer sur les visages.Un visage vraiment humain.......
Mais certains visages sont parfois terribles à découvrir: on ne va pas impunément dans le monde ou le ciel.
Une vie de débauche se lit toujours sur le visage comme une sorte de cire, de patine affreuse,
tandis qu'une vie irriguée par une force spirituelle donne au visage une sorte de transparence et de lumière sèche.
On porte son visage comme un livre....
Si on a été un enfant sur cette terre, si on a eu au coeur une espérance que rien ne saurait déraciner
comme une petite fille qui est si heureuse qu'elle a son coeur dans ses yeux,
comme de l'eau qui saute d'un seau, ne serait-ce qu'en contemplant l'éclat d'un oeil de chat ou d'une bille,
alors on a aperçu même de très loin cet invisible dont certains écrivains parviennent à s'approcher.
Tout sur cette terre est décidé par les gens.
mais la bonté n'est là que quand la personne accepte de s'effacer.......

Christian Bobin: La lumière du monde p127-128 -éditions Folio

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