lundi 12 novembre 2012
mardi 6 novembre 2012
dimanche 4 novembre 2012
EXTRAIT DE L'HOMME JOIE
J'imagine quelqu'un qui entre au paradis sans savoir que c'est le paradis. Il a des inquiétudes, des projets. Il est très occupé. Un bruit de fer, un cliquetis d'épées l'accompagne. C'est si banal, la guerre. Et puis tout d'un coup il y a une lumière de neige sur un étang, et un oiseau aux ailes d'or fracasse les murailles du monde. C'est quelque chose d'inespéré. Quelques secondes suffisent, n'est-ce pas, pour vivre éternellement. "Nous sentons et nous éprouvons que nous sommes éternels" : cette pensée de Spinoza a la douceur d'un enfant endormi à l'arrière d'une voiture. Nous avons, vous et moi, un Roi-Soleil assis sur son trône rouge dans la grande salle de notre coeur. Et parfois, quelques secondes, ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue. C'est aussi simple que ça.
Je n'aime que les livres dont les pages sont imbibées de ciel bleu - de ce bleu qui a fait l'épreuve de la mort. Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir. J'ai passé ma vie à lutter contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune. Le bleu du ciel, c'est comme si une pièce d'or tombait de votre poche et qu'en l'écrivant je vous la rendais. Ce bleu en majesté dirait la fin définitive du désespoir et ferait monter les larmes aux yeux. Vous comprenez ?
Christian Bobin- l'homme joie
Je n'aime que les livres dont les pages sont imbibées de ciel bleu - de ce bleu qui a fait l'épreuve de la mort. Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir. J'ai passé ma vie à lutter contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune. Le bleu du ciel, c'est comme si une pièce d'or tombait de votre poche et qu'en l'écrivant je vous la rendais. Ce bleu en majesté dirait la fin définitive du désespoir et ferait monter les larmes aux yeux. Vous comprenez ?
Christian Bobin- l'homme joie
samedi 3 novembre 2012
CUEILLE LE TEMPS
Cueille le temps
Jules Beaulac
Tu ne peux pas retenir le temps.
Il passe.
Il coule entre tes doigts
comme l'eau de la fontaine.
Il glisse dans ta main
comme le sable de la mer.
Tu ne peux rattraper le passé.
Il n'est plus.
Il s'en est allé
comme le couchant d'hier.
Il est disparu
comme un souvenir perdu.
Tu ne peux emprisonner le futur.
Il n'est pas encore.
Il viendra à son heure
comme le levant de demain.
Il te rejoindra
comme la vague qui s'approche du rivage.
Mais tu peux toujours cueillir le présent
comme un beau présent de Dieu.
Ce présent est comme un grand arbre :
il plonge ses profondes racines
dans ton passé tout plein
de souvenir et d'expérience,
comme une sagesse accumulée.
Et il lance ses longues branches
vers ton futur tout plein
de promesse et d'espérance,
comme un projet emballant.
Le présent est fait
de ton passé qui n'est plus
et de ton futur qui n'est pas encore.
Prends le temps qui t'est donné
à chaque instant qui passe.
Cueille-le précieusement
comme l'eau du ruisseau
qui t'est toujours disponible.
Ne gaspille pas ton temps,
c'est un cadeau de Dieu.
Ne passe pas ton temps
à courir après le temps.
Prends ton temps.
Ne dis pas : je n'ai pas le temps.
Dis plutôt : j'ai tout mon temps.
Ne sois pas avare de ton temps.
Donne de ton temps aux autres
comme Dieu te le donne à toi.
Ne cours pas tout le temps,
prends ton temps.
Et laisse au temps
le temps
de faire son temps.
Alors, tu gagneras du temps.
Et tu découvriras
que c'est beau et bon le temps,
que c'est plein de Dieu dedans.
spiritualité 2000
Jules Beaulac
Tu ne peux pas retenir le temps.
Il passe.
Il coule entre tes doigts
comme l'eau de la fontaine.
Il glisse dans ta main
comme le sable de la mer.
Tu ne peux rattraper le passé.
Il n'est plus.
Il s'en est allé
comme le couchant d'hier.
Il est disparu
comme un souvenir perdu.
Tu ne peux emprisonner le futur.
Il n'est pas encore.
Il viendra à son heure
comme le levant de demain.
Il te rejoindra
comme la vague qui s'approche du rivage.
Mais tu peux toujours cueillir le présent
comme un beau présent de Dieu.
Ce présent est comme un grand arbre :
il plonge ses profondes racines
dans ton passé tout plein
de souvenir et d'expérience,
comme une sagesse accumulée.
Et il lance ses longues branches
vers ton futur tout plein
de promesse et d'espérance,
comme un projet emballant.
Le présent est fait
de ton passé qui n'est plus
et de ton futur qui n'est pas encore.
Prends le temps qui t'est donné
à chaque instant qui passe.
Cueille-le précieusement
comme l'eau du ruisseau
qui t'est toujours disponible.
Ne gaspille pas ton temps,
c'est un cadeau de Dieu.
Ne passe pas ton temps
à courir après le temps.
Prends ton temps.
Ne dis pas : je n'ai pas le temps.
Dis plutôt : j'ai tout mon temps.
Ne sois pas avare de ton temps.
Donne de ton temps aux autres
comme Dieu te le donne à toi.
Ne cours pas tout le temps,
prends ton temps.
Et laisse au temps
le temps
de faire son temps.
Alors, tu gagneras du temps.
Et tu découvriras
que c'est beau et bon le temps,
que c'est plein de Dieu dedans.
spiritualité 2000
JEAN CLAUDE GUILLEBAUD
Au début des années 1990 – et non sans naïveté – un ouvrage du sociologue Gilles
Lipovetsky décrivait l’avènement d’un hédonisme joyeux, l’émergence d’une éthique légère
et pragmatique, où précaution et réglementation viendraient remplacer l’interdit ou le devoir.
Finie la pesanteur de « l’obligation » ! L’individu rendu à son innocence entend jouir de la vie
sans autre limites que celles de sa propre responsabilité1 ; ou à la rigueur celles fixées par une
loi « neutre », c’est-à-dire débarrassée de tout moralisme. « Fille des Lumières, écrit Alain
Besançon, la démocratie est optimiste et pélagienne. Elle ignore le péché originel. Elle croit au progrès, à la poursuite du bonheur, à l’adoucissement des moeurs2. »
De fait, le discours de la déculpabilisation et devenu omniprésent. Il est rare de passer une journée sans entendre stigmatiser la persistance, ici ou là, de quelques traces résiduelles d’une mauvaise conscience contre laquelle le combat est aussitôt requis. Comme l’écrivait Nietzsche dans La Généalogie de la morale, la mort de Dieu n’aurait pas complètement délivré l’homme de la malédiction originelle. Il ne se serait pas encore tout à fait libéré de« l’imposture de la morale ». Mais cela viendra... Sur la route de l’innocence, la lutte doit continuer. On nous adjure de congédier nos anciennes « hontes ». Cette invitation – voire
cette réquisition – s’accompagne le plus souvent d’une stigmatisation de la « morale judéochrétienne
», présentée comme la source de nos malheurs intimes : interdits sexuels de la Torah, péché originel théorisé par saint Augustin, vieux blocage catholique sur l’argent
assimilé au mal, etc. « Régulièrement, revient dans les médias le vieux reproche fait au judéochristianisme
d’avoir culpabilisé l’humanité en la confrontant sans cesse à l’abîme du péché3.»
Jean Claude Guillebaud
Lipovetsky décrivait l’avènement d’un hédonisme joyeux, l’émergence d’une éthique légère
et pragmatique, où précaution et réglementation viendraient remplacer l’interdit ou le devoir.
Finie la pesanteur de « l’obligation » ! L’individu rendu à son innocence entend jouir de la vie
sans autre limites que celles de sa propre responsabilité1 ; ou à la rigueur celles fixées par une
loi « neutre », c’est-à-dire débarrassée de tout moralisme. « Fille des Lumières, écrit Alain
Besançon, la démocratie est optimiste et pélagienne. Elle ignore le péché originel. Elle croit au progrès, à la poursuite du bonheur, à l’adoucissement des moeurs2. »
De fait, le discours de la déculpabilisation et devenu omniprésent. Il est rare de passer une journée sans entendre stigmatiser la persistance, ici ou là, de quelques traces résiduelles d’une mauvaise conscience contre laquelle le combat est aussitôt requis. Comme l’écrivait Nietzsche dans La Généalogie de la morale, la mort de Dieu n’aurait pas complètement délivré l’homme de la malédiction originelle. Il ne se serait pas encore tout à fait libéré de« l’imposture de la morale ». Mais cela viendra... Sur la route de l’innocence, la lutte doit continuer. On nous adjure de congédier nos anciennes « hontes ». Cette invitation – voire
cette réquisition – s’accompagne le plus souvent d’une stigmatisation de la « morale judéochrétienne
», présentée comme la source de nos malheurs intimes : interdits sexuels de la Torah, péché originel théorisé par saint Augustin, vieux blocage catholique sur l’argent
assimilé au mal, etc. « Régulièrement, revient dans les médias le vieux reproche fait au judéochristianisme
d’avoir culpabilisé l’humanité en la confrontant sans cesse à l’abîme du péché3.»
Jean Claude Guillebaud
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