samedi 12 octobre 2019

CHRISTIAN BOBIN: VOTRE VIE QUI PASSE....

« Vous ouvrez la fenêtre et puis vous voyez votre vie qui passe. Elle n'est plus en vous elle est en dehors de vous. Et vous acceptez qu'elle passe et vous ne trouvez rien de plus beau tout d'un coup. Vous ne lui reconnaissez rien de plus beau que ce passage. Ce rien, c'est la pensée peut-être la plus pure qu'on puisse avoir sur la vie. Elle est difficile à préciser », écrit Bobin, in Un bruit de balançoire. J’écris en me demandant s’il faut raconter tout ce qui « me passe par la fenêtre », alors que je cherche à écrire ce silence très ancien, celui qui envoie sa lumière, cette trace de l’amour : depuis le ventre de la mère, aux vagues de l’océan, le rire gazouillant d’un bébé, le souffle de ce vieil homme sur son lit de mort. Comme il est difficile de transmettre cette ondée sur une page, mais quand dans un éclair on y arrive, alors le livre que vous avez écrit devient une fenêtre pour l’autre. Un seul vrai retour de lecture suffit à adoucir la morsure des doutes. Vous écrivez un autre livre, le doute est toujours là, mais il n’est plus tout à fait le même, vous avez grandi. Une bibliothèque ne peut-elle devenir une ruche de fenêtres. © Alexandre Millon Photo via Antidota

Pensée très juste ...

mardi 24 septembre 2019

LA SEPARATION-TEXTE DE CHRISTIAN BOBIN



Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du coeur et l’enlève.
Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le coeur arraché vivant.
Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan.
Comme si périodiquement nous étions remis àneuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous installer, de ne pas nous habituer. La vie a deux visages : un émerveillant et un terrible. Quand vous avez vu le visage terrible, le visage émerveillant se tourne vers vous comme un soleil.
Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais.
Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancoeurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la
personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée.
Mon père, mort il y a maintenant 13 ans, n’arrête pas de grandir, de prendre de plus en plus de place dans ma vie. Cette croissance des gens après leur mort est très étrange. Comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire : « Ça y est, je l’ai lu. » La vision de mon père change avec le temps, tout comme moi-même je change.
Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s’assombrit puis s’éclaire de façon toujours surprenante. La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil.
Elle nous ramène à l’essentiel, vers ce à quoi nous tenons vraiment. »
Entretien avec Christian Bobin
extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"

lundi 23 septembre 2019

Jésus, que ma joie demeure - J.S. Bach - Flûte alto

INSPIRE DE .... MATTHIEU RICARD


« Soyons entièrement à ce que nous faisons, que nous marchions, soyons assis, en train d’écrire, de faire la vaisselle ou de boire une tasse de thé. Il n’y a plus de tâches « plaisantes » ou « déplaisantes », car la pleine conscience ne dépend pas de ce que l’on fait, mais de la manière dont on le fait, à savoir avec une présence d’esprit claire et paisible, attentive et émerveillée par la qualité du moment présent, en se gardant d’ajouter à la réalité nos constructions mentales. »
Matthieu Ricard

”Anima Sacra” - 2018 (Heinichen, Corelli, Vivaldi)

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