samedi 5 octobre 2013

LE CHAT

Pourquoi suis-je si seul mon chat
Si seul quand tu n'es pas là?
Tu ne fais pourtant
aucun bruit
Tu dors fermé comme la nuit,
Tu ne tiens guère plus de place
Que mon gros livre de classe
Et qui croirait que tu respires
Bercé comme un petit navire?
Alors pourquoi,pourquoi, mon chat
Suis-je tout autre quand je te vois,
Sur mon papier blanc, le soleil
tailler l'ombre de tes oreilles?

Maurice  Carême

JE NE DIS QUE CE QUI EST BON....MAURICE CARÊME


Je ne dis que ce qui est doux
 Je ne dis que ce qui est bon

Dieu ne me fit pas d'autre don 
que celui d'un simple binoui

Et j'ai dit la pomme au verger
les moutons fêtant leur berger.

Le pain aussi blanc que la nappe
pour les grands dimanches d'agapes

Et j'ai dit Dieu,oui, Dieu lui-même
Car j'ai joué pour lui aussi

De petis airs, des airs qu'il aime
Lui, Dieu parce qu'il sont petits

Et qu'ils chantent ce qui est bon
Et qu'ils chantent ce qui est doux 

Et que j'ai toujours obéi
Comme un enfant quand il m'a dit:

Pose tes doigts,là sur les trous;
Tu joueras de ton mieux pour tous

Maurice  Carême- En sourdine

MAURICE CARÊME


Si simple et pourtant incompris
Si riche et quémandant le tout
Si humble et jamais à genoux
Si seul et pourtant si épris,

Si enclin à suivre la pente
Quand je désire les hauts lieux
Si prompt à me roussir au feu
Quand c'est la source qui me tente

Quand enfin me rassemblerai-je
Pour que vous reconnaissiez
Serré comme boule de neige
Surprise par l'éternité.

Maurice Carême-heure de grâce

POEME MAURICE CARÊME-MA MERE

Cassett
Ainsi j'étais au fond de toi
comme un peu d'eau tremblante
Dans un vase pur

Ainsi tes yeux voyaient pour moi
Ainsi tes pieds marchaient pour moi
Ainsi ta chair souffrait pour moi

Ainsi tes pauvres mains
Lasses d'avoir lutté pour moi 
C'est sur moi que tu les croisais

Ainsi ton coeur battait pour moi
Et c'est avec ton sang
que tu faisais mon coeur

Ma mère Tu es bénie
 entre toutes les femmes

Maurice  Carême

lundi 30 septembre 2013

ECOUTER

Écouter, c'est entendre la terrible absence, et donner de quoi vivre.
                 Maurice  Bellet

samedi 28 septembre 2013

LE SEIGNEUR N'EST PAS DANS LE DOGME....ARTICLE MAURICE BELLET

 Il y a bien des années, je me trouvais prêtre de garde, comme on disait, dans une grande paroisse de Paris. On voyait de tout. Un jour, je vis venir à moi une pauvre petite prostituée. Je me souviens encore de son nom : Anne-Marie. Elle me dit qu’allait partir pour un bordel d'Afrique du Nord. Je la mis en garde. C'était bien inutile ; elle savait qu'elle partait pour l’horreur et la mort.
    « Mais, me dit-elle, la fille qui devait y aller a un enfant. Il faut qu'elle puisse s'occuper de son enfant. Alors, je pars à sa place. »
    Seigneur Dieu!
    Peut-être était-ce l'instinct suicidaire, le masochisme, la culpabilité morbide, je ne sais quoi. Mais peut-être était-ce vrai. Et peut-être les deux.
    Qui d'entre vous, bonnes gens, prendra la première pierre ? Et même, bonnes gens, qui d'entre vous aura quelque chose à dire ? Et quoi ?
    Je crois, ou plutôt je sais, qu'il y a des êtres humains (j’en ignore le nombre) qui vivent la sainteté du Dieu de Jésus Christ hors des chemins tracés, hors de toute loi, dans les abîmes,  dans le monde froid, dans le fond de la mer. Pour qui ne pas se tuer (les pilules sont sous la main) est minute à minute un acte de foi dont l'héroïsme pourrait faire pâlir bien des héros de la foi. Pour qui ne pas céder au désir compulsif, frénétique, fou, ou le retarder un peu, demande un courage, un amour, une vertucent fois plus grands qu'à d'autres le maintien
tranquille d'un célibat heureux. Pour qui ne pas désespérer de Dieu, ne pas vomir le Christ et rester là, muets, immobiles, dans l’attente impossible que la parole aimante renaisse de ses cendres, est un amour de Dieu sans goût et sans consolation, mais plus fort que la mort où ils sont.
    En retour, il y a quelque chose qui demeure incompréhensible chez beaucoup de croyants : c'est leur dureté. Je ne parle point ici des hypocrites ; je parle des gens qui ont, autant qu'on puisse savoir, une foi sincère, un désir réel du bien, voire une conscience chatouilleuse et des engagements coûteux au service de Dieu et des hommes.
    Comment peut-on être riche, riche à crever, et savoir que cette richesse provient tout droit du sang des pauvres, et aller à la messe, et se confesser « j'ai eu de mauvaises pensées »)
et défendre crânement la vraie religion contre ses adversaires ? Comment peut-on être théologien, et bon théologien, être écouté et faire du bien, et crever de jalousie envers les collègues, et soupçonner l'orthodoxie des autres, et ne concevoir sa propre grandeur que dans l'abaissement d'autrui ? Comment peut-on être dévoué, donné, consacré 24 h sur 24, et être incapable d'entendre, fermé impitoyablement à la douleur réelle d’autrui, à sa demande réelle, et opposer à la vérité des gens l’implacable savoir du bien ? (2)    Ainsi y a-t-il d'un côté ces dévoyés, ces pauvres fous, ces gens de péché qui, dans leur errance, peuvent témoigner du Dieu vivant et de l'autre ces gens de bien qui peuvent être pris sans même le voir dans les filets du Mauvais.


Maurice Bellet-extrait article- site officiel

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