jeudi 10 mars 2011

A QUOI JOUE-T-IL?


La question n'est pas de savoir si Dieu existe ou non.
 Mais plutôt : qui est-Il, et à quoi joue-t-Il ? «

Hubert Reeves
Extrait de L'Espace prend la forme de mon regard


Le Point : Croyez-vous en Dieu ? http://www.lepoint.fr/societe/interview-hubert-reeves-05-08-2010-1224449_23.php



Hubert Reeves : Je n'ai aucune preuve de l'existence de Dieu mais aucune preuve de sa non-existence. Ce que je remarque d'ailleurs, c'est que toute preuve est inutile aux croyants. Chercher une preuve est vain. La croyance n'est pas la rationalité.


Peut-on concilier science et croyance ? La science a pour mission de nous aider à comprendre comment l'Univers fonctionne. Pas de nous dire ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas. Elle peut nous apprendre comment faire des OGM ou des bombes atomiques. Elle ne peut nous dire si c'est une bonne idée d'en faire. La mission de donner du sens, de la valeur aux choses est celle des religions, des morales, des philosophies. J'aime citer la phrase de Galilée aux Dominicains : " Dites-nous comment on va au ciel et laissez-nous vous dire comment va le ciel. " Les accélérateurs de particules et les télescopes ne nous apprendront rien sur le sens des choses.


Le big bang est-il synonyme de temps zéro et donc de création ? Le big bang ne doit pas être considéré comme le début de l'Univers, le " temps zéro " du cosmos, le moment de la " création ". Cette théorie est la frontière temporelle de nos connaissances. La cosmologie explore le passé de l'Univers à partir de fossiles cosmologiques que sont le rayonnement fossile, la population des atomes d'hydrogène ou d'hélium, etc. Les plus vieux fossiles s'arrêtent au big bang, il y a 13,7 milliards d'années. Au-delà, nous ne savons plus rien, pour l'instant. Ce n'est pas un début mais un horizon.
L'idée d'un principe créateur a-t-il sa place dans un raisonnement scientifique ? Non. Il est exclu par convention. La méthodologie de la science, définie par les penseurs grecs et poursuivie depuis plus de deux mille ans, est fondée sur la décision de chercher des explications à des phénomènes naturels en évitant toute intervention d'éléments hors de la nature, comme un " principe créateur ". L'existence ou non d'un grand ordonnateur auquel se référaient des scientifiques comme Einstein n'est pas du domaine de la science, mais de la croyance


*Astrophysicien, directeur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique de Saclay et professeur associé au département de physique de l'université de Montréal, auteur de " Dernières nouvelles du cosmos " (Seuil, 2002).

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